« Un rebond est très possible » : la France entre-t-elle (déjà) dans la cinquième vague du Covid-19 ?

C’est une petite alerte dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Dimanche 10 octobre, le nombre de nouveaux cas enregistrés dans le pays (3 991) était supérieur à celui observé une semaine plus tôt, le dimanche 3 octobre (3 744). Cependant, cet indicateur était en baisse constante à partir du mois d’août, même si la baisse s’était essoufflée depuis début octobre.

La semaine dernière, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait déjà lancé un premier avertissement. « Dans près d’une trentaine de départements, l’épidémie ne recule plus, voire recommence à remonter très légèrement », a-t-il prévenu. Assistons-nous à la fin de la quatrième vague et au début de la cinquième ? Les mesures actuellement en vigueur dans le pays peuvent-elles permettre d’éviter la saturation des hôpitaux en cas de rebond ? Le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institute for Global Health à Genève (Suisse), nous éclaire.

La quatrième vague est-elle terminée ?

Oui, il est fort possible que nous arrivions au point le plus bas de la courbe.

En effet, le taux de reproduction du virus avoisine 1 – il est désormais de 0,94 – et a augmenté ces derniers jours après une baisse tout au long du mois de septembre. Il y a un mois, il avait atteint un niveau proche de 0,7 : le nombre de cas diminuait alors de moitié chaque semaine. Lorsque cet indicateur est de 0,94, comme actuellement, il faut six semaines pour que le nombre de cas soit divisé par deux.

Entrons-nous dans un plateau à un niveau bas, ou la courbe va-t-elle se redresser immédiatement ?

Nous ne pouvons pas dire.

Entre la troisième et la quatrième vague, la France avait connu un mois de répit. Nous sommes de nouveau à marée basse. Cependant, personne n’est en mesure de prédire si le pays connaîtra plus ou moins de répit cette fois-ci. Un rebond est très possible, mais quand ? Nous ne le savons pas.

L’augmentation de 6 % des contaminations entre le 3 et le 10 octobre marque-t-elle le début de la cinquième vague ?

Pas vraiment.

De nombreuses variations ne sont pas forcément dues à la vague épidémique, comme le nombre de tests effectués, notamment le week-end. Mieux vaut lisser les données, ce qui nous donne actuellement environ 4000 cas quotidiens. Si le R reste à 0,94, nous atteindrons 3800 cas la semaine prochaine. Mais malheureusement, je n’y crois pas.

Le pass santé peut-il éviter la congestion dans les hôpitaux en cas de cinquième vague ?

C’est le troisième pari du pass santé.

Les deux premiers sont déjà gagnés : améliorer la couverture vaccinale et maîtriser la quatrième vague en plein été. L’enjeu est désormais d’éviter les vagues en automne et en hiver, grâce à la vaccination et au pass santé. Mais nous ne sommes pas à l’abri : malgré un taux de vaccination supérieur à 80%, Singapour a connu un rebond épidémique. Cependant, l’augmentation des hospitalisations et de la mortalité y est restée plus faible que sans vaccination. La France peut donc, peut-être, éviter une saturation des hôpitaux.

N’est-ce pas évident ?

Non, car il y a un bémol : la couverture vaccinale des personnes les plus âgées.

La France devrait peut-être se tourner vers les méthodes portugaises ou espagnoles, qui ont permis d’atteindre 98 % des personnes âgées vaccinées, et non 90 % comme aujourd’hui (pour les 75 ans et plus). Cela place le pays dans une situation de vulnérabilité que n’ont pas le Portugal ou l’Espagne, qui ont recherché les personnes les plus isolées. Je ne dis pas que la France ne le fait pas, mais il faut sans doute être encore plus actif sur ce segment, qui pourrait être le talon d’Achille de plusieurs pays, dont la France.

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